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Interview de Orpheelin (Anne Voitot) – Chroniques de Darkhell

Orpheelin - Anne Voitot

Pour la sortie du premier tome des Chroniques de Darkhell, Anne Voilot plus connue sous le pseudo d’Orpheelin nous dévoile un pan de son parcourt de vie qui est loin de se limiter à la bande dessinée. Cette talentueuse dessinatrice née le 13 juin 1979 à Besançon a eu un chemin professionnel riche en expériences variées notamment dans le monde l’animation.

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Comment en es tu arrivée à faire de la BD ?

Comme beaucoup d’enfants de ma génération j’ai baigné dans l’influence de l’émission Club Dorothée qui diffusait énormément d’animés japonais dans les années 90. En Cm2 j’avais déjà commencé à faire des petites BD, mais à partir de la sixième je me suis directement inspirée de certains de ces animés comme Les chevaliers du zodiaque (Saint Seiya) ou encore Ranma ½.

Je n’ai pas cessé de dessiner depuis, m’améliorant au fils des années au point de choisir de faire un Bac d’Arts Appliqués qui m’a permis d’élargir mon champs créatif puisque nous avions entre-autre des cours de perspectives, de design, de graphisme et même d’architecture d’intérieur. Sauf qu’une fois le Bac en poche, les choses se sont corsées pour moi. Les conseillers d’orientation n’étaient pas au fait des carrières possibles dans le domaine du dessin. A l’époque, les écoles de BD ou jeux-vidéos n’existaient pas et pour tout dire, je ne me voyais pas forcément non plus dans un métier artistique qui n’était pas toujours bien perçu car il était assez difficile de voir comment gagner sa vie avec.

Mes parents ne pouvant pas financièrement se permettre de m’envoyer faire des études trop loin, ils m’ont suggéré de m’inscrire en DEUG d’Histoire de l’art de Besançon pour que je reste dans le domaine des arts. Ce choix ne fut pas concluant, j’aime avant tout dessiner et créer mes propres œuvres, pas passer mon temps à étudier celles des autres sans rien produire. J’ai tenu deux ans, mais avec un tel manque de motivation que je n’ai même pas pris la peine de passer mes examens.

J’ai décidé alors de tenter les Beaux Arts de Besançon, mais cette école était aux antipodes de mes attentes, je me demande parfois comment ils ont pu accepter mon dossier. Je faisais de la BD figurative alors que leurs cours sont axés sur l’art contemporain abstrait, même pendant les quelques rares cours de croquis de nu que nous avons eu, au lieu de dessiner, il fallait écrire les mots que nous inspirait le modèle qui bougeait devant nous sur le son d’une musique. Je ne me sentais pas du tout à ma place. J’ai donc arrêté l’école en cours d’année.

Heureusement un ami en BTS de communication visuelle m’a parlé de l’école des Gobelins qui avait une formation destinée à ceux qui voulaient faire du dessin animé. J’ai présenté le concours et je l’ai réussi. Même si ça n’a pas été simple pour mes parents qui ont dû se serrer la ceinture pour me payer un logement pendant 2 ans à Paris, mais ils m’ont soutenue et je leur en suis très reconnaissante. De mon côté j’essayais de gagner un peu d’argent en faisant du baby-sitting et des illustrations pour des commandes de particuliers afin d’arrondir les fins de mois. Mais au final l’investissement en valait la peine car avec cette formation j’ai su que j’avais enfin trouvé mon chemin pour entrer dans le monde professionnel.

Et après tes études comment ça s’est passé ?

J’ai travaillé 12 ans sur Paris dans le milieu de l’animation en tant qu’intermittente du spectacle. Une prod durait 6 à 8 mois ce qui veut dire qu’une fois terminée je passais à un nouveau projet, ce qui veut dire de nouveaux collègues, un nouvel espace de travail, un nouvel environnement graphique et souvent un poste différent, par exemple sur Totally Spies j’ai commencé à travailler sur le merchandising et plus tard pour la saison 6, j’étais Charadesigner.

Devoir tout le temps changer peut en rebuter certains, mais pour ma part, c’est une vie qui me convenait parfaitement car je suis quelqu’un qui se lasse très vite, avec des cycles aussi court, je n’avais pas le temps de m’ennuyer.

Mais avais-tu encore le temps de faire d’autres projets comme des BD ?

Oui, en parallèle je faisais du fanzinat avec un groupe de dessinatrices. On éditait « Zéro absolu » une BD parodique sur Saint Seiya. En tant que fan inconditionnelle de Shingo Araki (le charadesigner de cette série), ce projet me convenait bien. Tous les ans, on publiait une un recueil de BD parodiques d’une trentaine de pages qu’on vendait sur les salons. Avec le temps, on s’était construit une petite communauté de fans qui suivaient notre travail et qu’on retrouvait chaque année. Mais au fils des années, on évolue, on entre dans le monde du travail, on construit sa vie de famille, les objectifs de chacun changent et finalement en 2001 d’un commun accord nous avons dissout notre petit groupe. C’est à partir de là que j’ai arrêté de signer mes BD avec mon vrai nom pour prendre le pseudo d’Orpheelin en référence au mythe d’Orphée (celui qui est allée jusqu’au monde des morts pour récupérer son épouse Eurydice tragiquement décédé dans la fleur de l’âge).

 

Ce changement de nom a aussi marqué un changement de cap, j’ai commencé à me faire connaître sur le site DeviantArt en tant qu’artiste indépendant. Sous ce pseudonyme, j’ai commencé par publier Toxic, un manga de 120 pages que j’avais divisé en 3 tomes et que je vendais sur les salons, en auto-édition. Plus tard, grâce à ma communauté, j’ai alors pu faire un financement participatif sur Ulule pour publier Mon Meilleur Ennemi, un one-shot qui fut mon premier album BD cartonné. (environ) 500 personnes ont participé et, avec l’argent récolté, ça m’a permis de tirer 2000 exemplaires en Français et 2000 en anglais (traduit pour à la communauté anglophone rencontré via DeviantArt). Pour la sortie de cette BD, j’ai eu plusieurs invitations en tant qu’autrice à des salons dont Paris Manga, Beire le Châtel (qui m’invite tous les ans depuis) et L’Otakuthon de Montréal au Canada, ce qui était une première pour moi, je n’étais jusque là qu’une exposante « fanzine » parmi tant d’autres.

J’avoue que je suis heureuse d’avoir une communauté solide car ça m’a beaucoup aidée quand j’ai dû arrêter le dessin animé pour me mettre en free lance après avoir quitté Paris pour revenir à Besançon.

Pourquoi avoir déménagé ?

Pour des raisons tout à fait pratiques et un meilleur confort de vie. J’avais des projets personnels qu’il était difficile de réaliser sur Paris. En tous cas, pas dans les meilleures conditions, comme acheter un bien immobilier.

Il n’a pas été simple d’abandonner mon statut salarié dans l’animation pour passer complètement free-lance, mais j’ai constaté que mon activité dans l’auto-édition était tout de même viable, bien que les revenus soient assez aléatoires. Dans ce contexte j’avoue que la proposition de Patrick Sobral pour faire Les Chroniques de Darkhell est plutôt bien tombée.

Justement, si tu nous parlais un peu de ta rencontre avec Patrick ?

Et bien en fait, Patrick m’avait déjà sollicitée quelques années auparavant pour dessiner Les Légendaires Origines. Mais à l’époque j’avais poliment décliné l’offre, je travaillais déjà à plein temps dans le dessin animé sur des licences. La BD était le moyen pour moi de travailler sur mes propres univers, et j’avais déjà un projet en cours, que j’avançais en parallèle de mon travail journalier. Je souhaitais d’abord publier une BD que j’avais dessinée et scénarisée moi-même.

Ce que j’ai surtout retenu de ce premier contact avec Patrick, c’est qu’il a eu l’immense gentillesse de transmettre mes coordonnées à son éditeur, ce qui m’a permis d’avoir un entretient chez Delcourt pour mon projet de BD Northern.

 

Et alors comment ça s’est passé avec Delcourt ?

D’une certaine manière, plutôt bien. La personne qui m’a reçue était intéressée par le projet, mais de mon côté, je n’étais pas prête à faire les concessions qu’on me demandait. L’objectif était de publier dans la section jeunesse, alors que je voulais faire quelque chose de plus adulte, il aurait aussi fallu faire tout un tas de changements pour rentrer dans les codes de la collection. N’ayant jamais envisagé Northern comme un projet conçu pour l’édition classique (et toutes les concessions que cela implique), j’ai préféré poursuivre en auto-édition et conserver ma liberté artistique sur ce projet. 

Ce n’est qu’en 2016 après avoir enfin édité mes propres BD que j’étais prête à travailler avec Patrick lorsqu’il m’a de nouveau contactée. Comme j’étais devenue autrice et illustratrice free-lance j’avais assez de temps pour gérer un projet de commande en BD. Patrick m’a demandé de faire une planche de test, il l’a montré à son éditeur et ensuite nous en avons discuté tous ensemble lors de Japan-Expo 2018.

Qu’est-ce que ça t’a fait de savoir que tu allais travailler sur une licence aussi réputée que Les Légendaires ?

Au risque d’en surprendre plus d’un, ça ne m’a pas fait l’effet « Waouuu » qui te propulse sur un petit nuage. D’une part parce que, même si je connaissais Les Légendaires, (qui n’a jamais entendu parler des Légendaires ?) je mesurais mal l’ampleur du phénomène. D’autre part, j’avais 12 ans de carrière dans l’animation, j’avais « l’habitude » de travailler sur des licences connues. Enfin ce qui tempérait mon enthousiasme était aussi une forme d’angoisse. Je savais que j’allais devoir travailler sous la pression d’un auteur ainsi que de son éditeur et je mesurais parfaitement la responsabilité qui pesait sur mes épaules ainsi que la somme de travail que cela représentait.
Bien entendu, dans l’animation c’est la même chose, on doit travailler sous pression et rendre des comptes, mais la BD c’est un peu différent c’est un travail plus solitaire où on ne peut compter que sur soi. Il n’en reste pas moins que la proposition était très flatteuse, et que j’en mesurais la grandeur à sa juste valeur.

Quelle était la méthode de travail avec Patrick ?

D’après ce que j’ai lu sur l’interview de Nadou, la même que pour Les Légendaires Origines. Patrick n’aime pas écrire ses scénarios avec du texte, il me livre donc des planches crayonnées où le découpage est déjà fait. Pour la création des personnages, il me livre ses suggestions de design, que j’adapte dans mon style. Comme j’imagine le personnage en couleur (même si je ne dois le dessiner qu’au trait) je lui ai demandé de me laisser faire les couleurs sur les premières recherches (je travaille sur Paint tool Sai et Photoshop). Une fois reçues, Patrick m’indique ses souhaits et les modifications à faire. Mais que ce soit sur les recherches de personnages ou les planches, il ne m’a pas fait faire de grosses modifications. Pour ma part je trouve que cette collaboration s’est très bien passée, on se téléphonait environ une à deux fois par mois pour discuter des nouvelles planches qu’il m’avait envoyées ainsi que des corrections.

J’ai remarqué que contrairement aux autres collections des Légendaires, celle-ci ne fait aucune référence graphique à d’autres œuvres issues de la culture pop ou geek. Était-ce une volonté de ta part ?

Pas du tout ! En fait après avoir lu les BD des Légendaires que m’avait envoyée Delcourt, j’ai demandé à Patrick si je devais faire moi aussi des références à d’autres œuvres. Patrick m’a dit que ce n’était pas son souhait, qu’il voulait donner un ton plus sombre à sa BD. Cela dit, je me suis autorisée un petit clin d’œil personnel faisant référence à une de mes amies dessinatrice en me disant que de toute façon personne ne comprendrait l’allusion à part l’intéressée (NBDL : Perdu ! Otakia est passé par là, je vous invite à lire voir l’article sur le tome 1 des Chroniques de Darkhell pour avoir plus de détails).

A présent que le premier tome est achevé comment te sens-tu ?

 Soulagée ! Vraiment ! Il faut savoir que les quatre derniers mois ont été très intenses, j’ai dû sacrifier tous mes week-end pour réussir à tenir les délais. Je ne voulais pas rendre mes planches en retard, en tant que professionnelle, je me devais d’être à la hauteur de la confiance que Patrick et son éditeur avaient placé en moi. Ce qui me rassure, c’est que je pense que ce sera plus facile pour le tome suivant car maintenant j’ai pris le rythme et je connais les personnages, j’ai appris à les dessiner par cœur. Il n’y aura pas cette période de transition un peu laborieuse, car j’ai dû adapter un peu mon style de dessin pour coller à l’univers des Légendaires.

Maintenant que ce tome est terminé, je peux me changer les idées en travaillant sur ma BD Northern avant de revenir ensuite sur le tome 2 des chroniques de Darkhell. Du coup en 2020, j’aurai deux BD qui sortiront dans la même année.

Comment a été l’accueil du public ?

De ce que je sais, l’album a reçu un accueil enthousiaste, c’est une excellente chose, si les fans ont aimé, mais la notoriété qui en découle fait un peu peur !

En quel sens ?

Je suis impressionnée par cette soudaine notoriété. Je devais pourtant m’y attendre puisque c’est justement un des arguments avancés par l’éditeur pour me convaincre de collaborer sur cette BD. Il me disait que travailler pour les Légendaires serait un tremplin pour ma carrière d’auteur et que ça m’aiderai pour mes propres projets, mais maintenant que je mesure le phénomène, je commence à me demander si ça ne va pas être compliqué pour mon activité d’autrice en auto-édition. Je fais les salons comme indépendante depuis des années, les légenfans m’avaient déjà bien repérée avant la parution des CDD. Si jamais je me retrouve avec beaucoup de fans qui veulent des dédicaces des Légendaires sur mon stand, je ne pourrai alors plus promouvoir mes propres œuvres (NBDL : Normalement les dédicaces des Légendaires se font uniquement sur le stand de Delcourt et invitations dédiées en festival ). J’essaierai de bien communiquer à ce sujet pour les fans. D’ailleurs les séances de dédicaces dédiées aux CCD sont annoncées sur le site officiel.

Quoiqu’il en soit, c’est une aventure à vivre !!

Depuis le Tome 3 de Parodia, Orpheelin est devenu un personnage de BD. Que penses-tu de ce double de toi-même ? Son caractère reflète-il bien le tien ? As-tu contribué à sa création d’une manière ou d’une autre ?

Oui ce personnage est assez fidèle, je suis imbuvable, tyrannique et dans la vraie vie mange des chatons les soirs de pleine lune avec une peau de loup sur les épaules ! Bon en réalité, lorsque Patrick m’a demandé s’il pouvait m’intégrer dans Parodia et sous quelle forme, je lui ai suggéré un design de barbare, du coup, le caractère à tout bêtement découlé de cette apparence. On m’a envoyé un croquis, j’ai fait quelques retouches et le personnage était né. Il faut dire que j’ai un bon contact avec Jessica, je connais et suit son travail depuis un moment, puis, quand j’ai commencé à travailler pour Patrick, on a pas mal causé via messenger ce qui a permis de nouer un petit lien de proximité.

As-tu des loisirs ou des passions ?

J’adore tout ce qui est manuel et créatif comme fabriquer des bijoux et crafter un peu pour faire des costumes ou encore monter des miniatures de maisons d’inspiration japonaise. En revanche même si je joue parfois au jeux-vidéo, je ne suis pas une grosse gameuse.

Que conseillerais-tu à ceux qui voudraient se lancer dans la BD ?

Fuyez ! Pauvres fous! Non, plus sérieusement, c’est un métier compliqué à gérer, qui représente beaucoup d’investissement et malheureusement, dans la plupart des cas, assez peu confortable financièrement, sauf si l’on a la chance de faire un gros succès !

Je conseille toujours aux passionnés de dessin de s’orienter d’avantage dans les métiers de l’audiovisuel ou les jeux-vidéos et d’éviter le statut free-lance. Si vous envisagez la BD comme métier, alors il faudra vous accrocher très fort à votre objectif et travailler énormément.

Désolée pour la vision un peu désenchanté du métier, mais je préfère être franche et directe à ce sujet (et puis au moins ça colle au caractère de mon avatar de Parodia)

Un dernier mot pour conclure ?

Un grand merci à toute la communauté, aux Editions Delcourt et à Patrick pour leur confiance, à ma famille et amis qui me soutiennent depuis des années ce qui m’a encouragé à persévérer. Je vous donne rendez-vous à tous à Japan-Expo en 2020 soit sur le stand Delcourt pour les Légendaires ou sur mon stand perso pour Northern. Et si c’est un jour de pleine lune, pensez à m’apporter un chaton comme en-cas parce que les dédicaces ça creuse !

A très bientôt !

 

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