Synopsis
L’histoire commence en 1997 alors que Kenji Endo apprend qu’un de ses amis d’enfance s'est suicidé. Or, ce dernier lui avait envoyé une missive quelques jours auparavant lui demandant de se revoir car il aurait des questions à poser concernant un logo.
De fil en aiguille, Kenji Endô se rend compte qu’une organisation politique, qui ressemble plus à une secte dirigée par un mystérieux personnage se faisant surnommer Ami essaie de prendre le pouvoir au Japon. Ses moyens : drogue, meurtre et corruption. Dans son enquête, il comprend que ce mystérieux chef est un de ses amis d’enfance car il réalise des actions que lui-même avait écrites dans un cahier (le cahier des prophéties) lorsqu’il avait 6 ans.
Avec ses meilleurs amis, pourra-t-il sauver le monde ?
Avis
20th Century Boys est un manga extraordinaire qui sort du lot.
Un scénario palpitant et complexe
Après avoir lu 3 tomes, le temps d’avoir suffisamment d’informations à se mettre sous la dent, le lecteur se prendre sa première baffe grâce au scénario. Fluide et vivant, l’histoire impose rapidement une problématique où le temps n’existe plus : le Kenji de la période 1997 – 2000 essaie de sauver le monde en se souvenant de ses aventures d’enfants des années 1960 et le lecteur est frappé des conséquences du bain de sang de l’an 2000 10 ans après leur fin. Où est le présent ? Où est le futur ? La frontière a disparu pour laisser place à un récit multi temporel.
L’histoire tient en haleine pendant les 22 tomes, même si la fin semble moins aboutie que le début. Le lecteur est transporté dans divers époques pour comprendre qui est ce fameux Ami et ses objectifs. Il va de rebondissement en rebondissement vraiment incroyable mais logique. Pour être vraiment apprécié, l’histoire doit être lue à petite goûte afin d’intégrer les informations données par l’auteur et d’essayer de comprendre ce qu'il s’est passé.
Si le lecteur est très fort, il pourra probablement deviner qui est le méchant dans les premiers tomes. Cependant, l’auteur lance beaucoup de pistes différentes et camoufle les indices dans des péripéties tordues afin que la tâche soit très ardue.
Avec une histoire claire…
En plus de cette histoire qui tient en haleine, on est étonné par la clarté du scénario. Contrairement à un Deah Note qui noie le lecteur sous des dialogues, l’énonciation de 20th Century Boys est très vive et claire. Le rythme est très soutenu.
Le découpage permet de se plonger dans l’action et de comprendre facilement les agissements de chacun des protagonistes.
… qui cache certaines facilités
La contrepartie d’une telle histoire est sa complexité. Si on n’adhère pas au concept, ce manga risque d’être compliqué à finir. De même, à tellement habituer le lecteur à se poser des questions, l’auteur le force à remarquer les passages où il est moins inspiré, la fin notamment. Mais le plaisir reste là !
En revanche, et c’est vraiment gênant, l’auteur abuse de fuites temporelles avec laquelle l’auteur sort de situations remplie de tension. Par exemple, il prépare pendant plusieurs tomes le bain de sang de l’an 2 000 (discours dans le « futur » aux Nations-Unies, Kenji préparant des attentats, l’enquête sur le robot, …), le début du passage est explosif mais il laisse la fin en suspens pour sauter dans un autre courant temporel, laissant les personnages bloqués dans leur action inachevée.
Ce saut de période permet à l’auteur de lancer une autre histoire avec de nouveaux personnages (souvent secondaires) et oblige le lecteur à coller les morceaux avec les morceaux qu’il glane dans cette partie de l’histoire. Cependant, l’auteur ne revient pas toujours sur ces passages et la résolution demeure un mystère (ainsi, je me demande toujours comment Ami et Kenji survivent à l’explosion du robot)… Il est cependant amusant de noter que le lecteur arrive malgré tout à enchainer et n’en veut pas à l’auteur.
Autre étrangeté du scénario : les personnages ne semblent pas vivre dans les années 1980.
Des dessins vraiment réussis
Côté dessin, nous pouvons continuer à faire des éloges sur l’œuvre. Le résultat est très agréable et fin à lire. Le travail de recherche visuel est poussé. Ainsi, il rend très bien les atmosphères des différentes époques et lieux évoqués.
Et Urawasa relève haut la main le défi de dépeindre le vieillissement des personnages et on reconnaît au premier coup d’œil qui est qui.
Le rythme des planches est très constant et même les scènes explicatives sont agréables à lire, contrairement à d’autres mangas qui s’arrêtent pour donner des informations.
Le détail de certaines séquences est hallucinant et les décors sont vraiment fouillés. Il est amusant de faire attention aux affiches dans le passé qui vantent (probablement) des produits ayant réellement existés.
Des personnages charismatiques
Les personnages sont tous très attachants (ou glaçants concernant Ami). Le lecteur a une réelle empathie avec eux. Pourtant, c’est un véritable défi car l’auteur les présente sur 50 ans avec leurs évolutions personnelles. On est forcé de s’intéresser à leurs parcours qui forgent leur histoire. Ce qui est captivant, c'est qu'au départ ils sont très communs et ordinaires mais les circonstances et le charisme de Kenji motivent tout le monde à prendre ses responsabilités afin de devenir un héros aux yeux des autres.
Il est d’ailleurs intéressant de se demander si un des projets d’Urawasa n’est pas de définir la notion de héros. En partant d’une base shônen (des amis se rassemblent pour protéger le monde), ses héros banals montrent que n’importe qui peut changer le cours du futur avec de l’abnégation et de l’envie... et surtout sans super pouvoir.
En comparaison, on peut voir le mal comme étant une force qui rend anonyme les gens en faisant disparaître leur caractère et leur être en les corrompant, les droguant ou en les charmant. L’auteur propose également des pistes pour lesquels les gens s’investiraient dans un projet visant à faire le mal : l’ennuie, l’envie d’exister dans un groupe, la corruption, la jalousie du succès de ses amis.
Edition
Generation Comics a réalisé un beau travail : les tomes sont très agréables à regarder et à prendre en main. Les impressions sont réussies et le papier utilisé est épais.
Attention, chaque fin de tome contient le pitch du tome suivant. Ne le lisez que si vous en avez envie, ce serait dommage de perdre la surprise de la lecture de l’histoire.
Conclusion
Après la lecture, on est obligé de se rendre à l’évidence : nous sommes face à un chef-d’œuvre et l’auteur au sommet de son art.