Sorti en 1982 au Japon sous le titre de "Waga seishun no Arcadia", ce film produit par la Toei était un prélude à la série TV que nous connaissons en France sous le nom d’Albator 84 (certains passages sont repris dans le premier épisode). Ce film a aussi été diffusé à la télévision française, mais sous la forme de plusieurs épisodes dont certains passages ont été censurés notamment les flash-back de la Seconde Guerre Mondiale (inspiré du manga de 1973 Waga seishun no Arcadia). Les passages censurés sont ceux montrant l’ancêtre d’Albator membre de l’armée allemande. Pourtant aucune de ces scènes ne prend position politiquement pour donner raison ou tord à un camp particulier.
Censure
Comme souvent dans les œuvres de Leiji Matsumoto, les soldats sont simplement des pions pris dans la spirale de la guerre, censurer ce passage n’avait donc aucun sens. Mais certains plans étant indispensables à la compréhension de l’histoire, une astuce a été trouvée pour tolérer la présence du héros dans un avion allemand. C’est au niveau du doublage que la censure a été opérée puisque les dialogues font croire que l’ancêtre d’Albator a volé l’appareil aux allemands (ce qui n’est pas le cas).
La qualité de cet animé est excellente pour l’époque, ce film fait complètement abstraction de la précédente série (Albator 78) et il n’y a aucune cohérence entre les deux. On retrouve des concepts chers à Matsumoto comme un certain déterminisme génétique qui voudrait que l’amitié ou le passé des individus soient inscrits dans leurs gênes. Ce fatalisme met parfois un peu mal à l’aise car il suppose l’absence de libre arbitre dans le choix de ses amis, ce qui peut paraître déconcertant.
Scénario perfectible
Dans l’univers d’Albator, les séries Albator 84 et Albator 78 font partie des œuvres les plus réussies, tant au niveau de l’histoire et du charisme des personnages. Comme ce film introduit la série, il ne fait pas exception, ses nombreuses qualités n’ont pas été altérées par les années. Cependant, il souffre aussi de lacunes qu’il est difficile d’occulter lorsqu’on est sorti de l’enfance.
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Le rythme est déplorable, les flash back semblent un peu sortis de nulle part. ils servent à crédibiliser une amitié qui fonctionne pourtant très bien sans. Le scénario souffre de lacunes inadmissibles. On peut encore tolérer l’invraisemblance d’utiliser un vieux viseur de la seconde guerre mondiale sur un vaisseau spatial (c’est pas pire que la barre de navigation de l’Atlantis), en revanche, on ne comprend pas pourquoi les humanoïdes perdent leur temps, leur matériel et leur énergie à raser Tokarga et tuer les gens un par un si c’est pour ensuite faire exploser la planète. Il n’aurait pas été plus simple de la détruire tout de suite ?
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Le pire est probablement la fin « héroïque » des six Tokargiens qui décident de se sacrifier en se jetant par-dessus bord pour alléger l’Atlantis et lui permettre d’échapper à l’attraction du soleil. Franchement ça tient pas la route une seule seconde comme motif de suicide. Quelques minutes plus tôt on avait vu qui l’Atlantis a à son bord pas loin de dix chasseurs Space Wolf. Ne valait il pas mieux commencer par jeter ces avions ? Et si les Tokargiens tenait tellement à jeter de la « viande » pour alléger le vaisseau, pourquoi n’ont-ils pas commencé par jeter le cadavre de la petite Mira qui venait de mourir ? Bref, c’est le genre de choses qui pourrissent un animé.
Personnages réussis
Cela dit il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. On retrouve dans cet animé tout ce qui fait la saveur d’un vrai Albator : un esprit chevaleresque, des combats savoureux où la fierté, la dignité et le respect de son adversaire donne un cachet particulier aux affrontements.
C’est d’autant plus intéressant que dans la série TV qui découle du film, il n’y aura plus d’humanoïde à la personnalité aussi travaillé que celle de Zeda (le commandant humanoïde). Dans Albator 84, tous les humanoïdes sont des arrivistes, lâches, cruels et fades, Zeda sera le seul à vouloir combattre Albator à la loyal et à respecter son adversaire comme lui-même. C’est regrettable que la série TV ne se soit pas plus inspirée du film pour créer des méchants un peu plus profonds car cela aurait donné un peu plus de piment aux affrontements.
Synthèse
Ce qui différencie cet animé de séries plus récentes comme Harlock Endless Odyssey, Harlock Saga ou Comsowarrior Zero, c’est qu’ici, le personnage d'Albator est beaucoup plus humain. Malgré son côté "sûr de lui" et un peu froid, il a des doutes, des fragilités, des faiblesses et peut même tomber amoureux ce qui le rend beaucoup plus attachants que dans les productions récentes où il passe souvent pour un abrutit prétentieux dont la fierté aveugle dicte les choix.
Au final ce film n’est pas indispensable à la bonne compréhension de la série TV Albator 84, mais il constitue un prélude intéressant qui vaut la peine d’être vu pour les fans du pirate borgne ne serait-ce que pour le voir avec ses deux yeux et amoureux de quelqu’un.
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